jeudi 1 mars 2018

"Veuillez nous excusez de ce retard"

Hier j'ai pris le train,

Rien d'invraisemblable pour une fille qui habite à 700 km de chez ses parents.
J'ai pris le train à 6h03 du matin. Aïe, ça pique.
Pourquoi ?
"Un incident de personne" est survenu annonce la voix off sur le quai de la gare.
D'accord, un incident de personne, c'est un suicide ou un bel accident (un ami ayant travaillé à la SNCF et le personnel sur place me l'ont confirmé). Je m'empresse donc comme une "bonne handi" qui anticipe tout ce qu'elle fait, de réserver le prochain train, c'est à dire le lendemain. Sauf que.. je suis à Nantes et que mes amis sont des "gens normaux" qui n'habitent pas à Nantes même, ont des enfants, un handicap, un travail, bref, des personnes qui vivent, ont un quotidien. Des gens qui ne peuvent pas / n'ont pas forcément envie de m’emmener à 5h du matin à la gare, ai-je pensé.

Sur le quai, je croise des personnes compréhensives et non énervées (nous sommes à Nantes, pas à Paris). J'entends des "Putain ça fait 3 fois ce mois-ci" minoritaires, bienheureusement.

Vive la France !
La SNCF me réserve une chambre d’hôtel sur la planète mercure, bien que non adaptée, ma chambre est plutôt luxueuse pour une "fille de rien", comme dirait ma mère.
Réveil à 5h après une belle insomnie, les agents SNCF (les "vrais" pas les personnels externalisées / sous traités) viennent me chercher.

Ils me racontent la privatisation, les conditions de travail, la pénibilité, nous parlons politique, le social, la santé, l'éducation, la résistance, l'ambiance des syndicats, Liddle, cash investigation. Je m'autorise un : "ne lâchez rien" encore à l'ouest de mon manque de sommeil mais consciente de l'impact d'une parole délivrée sur un fauteuil roulant... Comme c'est facile les symboles.

8h37 "Mesdames Messieurs nous sommes immobilisés en gare du Mans"
Mince, que pasa ? Je commence à me dire que je porte la poisse.
"Y'a-t-il une personne ayant des compétences médicales dans le train ?" Mmmmh pas bon ça.
" Veuillez nous excusez de ce retard nous attendons l'intervention des pompiers "
A coté de moi des gens soufflent, je rumine.
Il y a peut-être quelqu'un en train de passer l'arme à gauche mais eux, c'est leur petite trotteuse qui rythme leur battement de cils.
Remettre en perspective ses préoccupations individuelles semble être loin de s'appliquer à mes compagnons de voiture. 

"Veuillez nous excusez de ce retard" la phrase de trop, depuis quand doit-on s'excuser lorsque l'on a pas tord ? Facile à dire, mais à force de tournure de phrase, la réalité change.

Veuillez excusez mon handicap, il vous retarde.
Veuillez m'excuser d'exister.
Veuillez me laisser tranquille, vous les gens pressés.




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