mercredi 16 novembre 2016

Ceci n'est pas une critique de cinéma

Il y a déjà 2 ans ma mère m'a offert le roman Réparer les vivants de Maylis de Kerangal. Et puis je l'ai posé sur une étagère... On connaît la suite.

C'était sans compter la sortie en salle de l'adaptation de cette histoire par la réalisatrice Katell Quillévéré qui m'a vite donné envie de plonger dans les pages avant que mon imaginaire ne se limite aux images projetées. 


Beaucoup de choses m'ont plu dans ce film, à commencer par un casting de grands. Des effets spéciaux impressionnants et poétiques, une petite histoire d'amour romantique...
C'est surtout la sobriété avec laquelle les personnages sont traités qui m'a touché. On y croise des soignants avec leur tendresse et leurs faiblesses, pas des super-docteurs. On y croise des parents un peu perdus, des femmes fortes et pas toujours raisonnables. Des humains qui doutent.

Des personnes avec la boulimie de vivre, d'autres qui s'essoufflent.
Une ambivalence désormais réunie dans mon pauvre petit cerveau.
Ce dernier, tiraillé entre la pulsion Yolo* qui m'anime tant de fois et me fait oublier que justement, qui veut voyager loin, ménage sa monture**.

Je me souviens avoir dit à mon père en service de soins intensifs : "Tu sais que je suis donneuse d'organes". A l'époque, je pensais que la fin était proche et je ne sais pas quel pragmatisme me poussais à articuler ces mots affreusement glauques pour les oreilles de celui à mon chevet. 
Mais aujourd'hui ce moment est une fierté, comme une preuve qui vient confirmer mes convictions les plus profondes.
Car oui, il faut le dire. 
Bien qu'il ne reste plus grand chose de viable, je suis toujours donneuse d'organes.

Aller voir ce film, c'est replonger dans un environnement instable, la réanimation, un vécu brutal et traumatisant. Mais c'est aussi réfléchir encore, retrouver ce que cette expérience m'a apporté de précieux.
Une phrase du personnage de Claire, la receveuse d'organe m'a marquée "je ne peux plus monter des escaliers, je ne peux plus tenir un parapluie...". 
"Je ne peux plus". 
Une phrase que je me suis répétée pour finir par la remplacer par "Je peux encore tellement de choses !"

Je me souviens aussi des gros yeux des gens dans la file pour le cinéma de Niort, alors que moi et mon fauteuil électrique nous engouffrions dans le noir anonyme de la salle. J'étais alors sans prothèses, en parfaite tenue Tubigrip*** et m'apprêtais à visionner De rouille et d'os réalisé par Jacques Audiard, lui aussi inspiré par un recueil de nouvelles écrit par Craig Davidson. 



Alors oui, je suis sûrement un peu "maso" et vous aussi, probablement, si vous aimez le cinéma. Ce n'est pas un scoop, bien des personnes ont affirmé que les spectateurs cherchaient des sensations fortes, réanimant les pulsions de mort et de vie en allant se blottir dans les fauteuils rouges.
J'avoue avoir du mal à lire les témoignages réalistes écrits à la première personne.
J'aime l'esthétique et les détours artistiques qui ne font que renforcer mon intérêt et mes émotions. C'est une approche différente pour aborder des questions graves. Il n'y a que peu de chance pour qu'avoir visionné l'intégralité des films de Pedro Almodovar durant ma période de rééducation soit un hasard.
Oui, une des choses que j'ai réalisé grâce à la méningite c'est que l'art et la culture me réparaient, presque autant que la médecine.


Allez vous réparer, tant que vous êtes vivants.






*Expression de "Jeunes" (espèce en cours de développement) You only live once, on ne vit qu'une fois 
**Expression de "Vieux" (espèce en voie de disparition)
***Marque d'une sorte de tube en coton élastique jaunâtre, Karl Lagarfield n'a même pas besoin de s'exprimer là-dessus


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