dimanche 8 novembre 2015

Je suis branchée sur un Courant Alternatif



Lorsque l'on pense à notre mode de vie, nous visualisons notre quotidien. Le quotidien c'est ce qui est ennuyeux, répétitif, stable. On voit rarement apparaitre le quotidien dans les films. Par contre on y voit l'accumulation d'évènements marquants, de moments intenses, de fête ou de rupture.  
Pourtant le quotidien c'est la base de vie, la chaine d'habitudes qui nous permettent ensuite d'accéder à ces moments intenses. 

Après avoir "flirté avec la ligne de vie", retrouver le quotidien n'est pas facile. 
Lorsque je suis sortie du système d'hospitalisation, j'étais en partie déçue. Alors c'est ça, la vie? Reprendre les cours, manger à la cafétéria, chercher les mots dans sa bouche pour meubler les conversations de tous les jours? Parler de la météo? Oui, c'est ça aussi la vie. Contrairement à ce que montrent les réseaux sociaux, où tous les jours semblent plus exceptionnels les uns que les autres, la vie c'est aussi une continuité. Pas beaucoup de relief dans la vie d'une "survivante" surtout lorsque la fatigue limite les efforts. Il a donc fallu s'armer de patience, un trait de caractère, qui me fait défaut. 
Puis vient ensuite le temps des premières victoires, les premières sorties, premiers voyages, premières expéditions dans l'excitant inconnu. Parce-que cette fois on sort sans se demander si on pourra tenir debout, tenir jusqu'au bout. Parce-que l'on se sent assez fort, assez entouré... C'est alors qu'apparait le risque d'arriver au point de rupture. Il arrive parfois de dépasser la ligne.
Emporté par l'euphorie, on se blesse, tombe malade, craque moralement. C'était peut-être le prix de cette douce insouciance (ou inconscience?) qui nous habitait l'espace d'un instant. 

La première fois que je suis "sortie", c'était pour la fête d'intégration des nouveaux L1 de ma formation. J'en garde un souvenir épatant. Hébergée chez des amis, je suis redevenue une fille de la promo, l'espace d'une soirée. Cette photo que j'adore, témoigne de mon bonheur à cet instant précis. Je goutais enfin cette fête, même accompagnée du fauteuil, je pouvais danser.




Mais ne demandez pas dans quel état les médecins du centre de rééducation m'ont trouvé à mon retour !  Affaiblie, je suis tombée malade pendant deux semaines, j'avais surement été au delà de mes limites. Mais quel bonheur...

Aujourd'hui ma situation n'a rien à voir, j'ai récupéré beaucoup de facultés. 
Cependant l'épée de Damoclès plane toujours au dessus de moi. Je reste prise dans un dilemme. Choisir entre la voie "raisonnable", du repos, de la précaution qui mène parfois à l'abandon et le chemin vers l'inconnu. 
C'est certainement vrai pour tout le monde. Le fait est, que je ne récupère pas à la même vitesse, que si je blesse ma peau ne serait-ce que de quelques millimètres, je ne dois plus marcher.
Alors comment faire la part des choses entre repousser ses limites et aller au bout de celles-ci ? 

Le progrès n'est -il pas aussi le fruit de ces inconsciences, qui m'ont permis de repousser mes limites? Des expériences. Parfois, on se dit merde, j'y vais, j'ose. Et ce n'est pas forcément une mauvaise chose.

"Ainsi tout homme averti fuit l'excès et le défaut, recherche la bonne moyenne et lui donne la préférence (...)" dit Aristote, dans l' Ethique à Nicomaque.  
Tout est affaire de mesure et de nuance, affirme le philosophe. Et c'est bien ce point d'équilibre (qui se déplace si souvent dans mon cas), qu'il est difficile de trouver.

La méconnaissance des prothèses, du handicap et des difficultés que je peux rencontrer par les personnes qui m'entourent, ne fait que rendre plus intéressante ma recherche. J'ai parfois l'impression de vivre une expérience avec les "valides" qui m'entourent. Lorsqu'ils me proposent de faire de nouvelles choses, j'ai parfois envie de répondre "je ne sais pas, réfléchis-y avec moi". Car moi même je ne sais pas. 
Et j'imagine bien qu'il en est de même lorsque l'on vieillit. Ou que l'on a un bras dans le plâtre. Car oui les limites bougent, nous ne sommes pas des êtres animés par une énergie constante. 
 
Je suis branchée sur un Courant Alternatif. 
Nous sommes branchés sur un Courant Alternatif.
Parfois les plombs sautent. Parfois nos batteries alimentent plusieurs de nos proches.

Vous n'êtes pas d'accord?




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France Bleu Poitou

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