mardi 7 juillet 2015

Vous avez dit mobilité?

Une page se tourne pour moi qui vais quitter la ville que j'ai réussi à apprivoiser après la méningite. L'occasion de regarder la façon dont j'ai pu relever le défi et de réfléchir à la notion de "mobilité".

PMR*. 
C'est une petite case que je coche sur un site de recherche de logements, elle est rarement proposée et pourtant, l'accessibilité est un critère qui est déterminant pour faire mon choix. 

"Mais! Tu es presque valide"
Oui, c'est vrai que je peux monter des marches, me débrouiller sans presque aucune adaptation classique et de moins et moins de personnes perçoivent mon handicap. C'est une grande liberté et une chance à la fois. Cela m'a permis de voyager et notamment de repartir en Amérique Latine (presque) comme avant. Cependant, cela a un coût énergivore et en aucun cas je pourrai envisager de vivre durablement de cette manière.

En effet, l'espace urbain est un environnement qui s'intègre dans le mode de vie de chacun. Votre adaptation est d'autant plus impérative lorsque vous êtes doté d'un handicap. Poitiers est une ville de relief, il m'a donc fallu du temps pour "étendre mon territoire". Aujourd'hui j'ai mes habitudes, des endroits bien connus et sur lesquels je peux compter.
Aller dans un espace inconnu peu s'avérer contraignant, fatiguant... Mais en multipliant les différentes stratégies d'adaptation ainsi que par différentes tentatives, on acquiert de l'expérience qui nous permet de jauger nos capacités, ainsi que d'évaluer les stratégies à mettre en œuvre.
Et c'est une fille qui s'est embourbée en pleine forêt amazonienne qui vous le dit !

Voyage dans la réserve du lac Sandoval  (Pérou)


Premièrement, les personnes qui vous entourent sont d'une importance extrême. Lors d'une sortie en groupe, lors d'une soirée dans un lieu inconnu, je fais en sorte d'avoir toujours une ou deux personnes de confiance autour de moi. Si je rencontre une difficulté (escaliers sans rambarde, foule de personnes qui ne s'écartent pas), je peux me tourner vers eux. Je ne dis pas être chaperonnée en permanence, seulement dans une situation qui peut rapidement devenir compliquée, mieux vaut être accompagné !
Parfois, et je commence à l’apprécier de plus en plus souvent, je demande à une personne inconnue de me prêter son bras pour m'appuyer sur lui/elle en descendant des marches ou dans des endroits peu éclairés où le sol n'est pas plan. Il me semble que les gens sont surpris mais plutôt flattés de pouvoir aider. C'est assez facile lorsqu'il y a peu de monde et pas de cercles fermés. Mais ce n'est pas toujours le cas et il faut aussi assumer d'être encore une fois le demandeur.

Autre contrainte, le temps. Se déplacer dans une ville revient parfois à jongler avec le chronomètre (comme pour n'importe qui), mais il est vrai que "miser" sur une place handi est souvent risqué, notamment lorsqu'il faut faire tout le tour de la ville pour en retrouver une inoccupée. C'est le cas dans la capitale pictave !

Les "stratégies" comme je l'ai évoqué plus haut consistent aussi à grouper les déplacements et à profiter de chacuns pour limiter la fatigue, ce qui revient au passage à faire des économies et avoir une démarche écologique. Et oui ! Qui aurait cru qu'un handicap puisse vous amener (aussi) à moins polluer?

Bref, tout ça pour dire que dans une société du plus vite, plus loin, plus fort, se déplacer est un enjeu crucial de la vie quotidienne. C'est tout un apprentissage, que je m'apprête à recommencer de nouveau.
Au cours de mes dernières recherches, j'ai été assez déçue de voir qu'il faut remuer ciel et terre pour obtenir un peu d'aide concernant l'accessibilité... Ce n'est pas une grande nouvelle me direz-vous (cf la pétition "Pour une France accessible").
Je le dis et le redis, la liberté de circuler devrait être la même pour tous. D'ailleurs quand on y pense, la discrimination s'effectue de la même façon pour "les habitants des quartiers", dont les transports sont moins performants ect. C'est bien toute la question des thématiques d'urbanisme...
Nous sommes d'accord pour ne pas exiger que toutes les villes soient rasées afin d'obtenir des rues parfaitement plates. Mais il reste beaucoup de chemin pour permettre à ces fameuses PMR* non seulement de sortir de chez elles, mais aussi de poursuivre des études/formations/carrières là où elles le souhaitent/doivent.

Aller, encore un peu d'efforts mesdames/messieurs les "valides", je vous rappelle que les personnes âgées ainsi que les parents en poussettes (et pourquoi pas les livreurs ?) vous remercieront autant que moi. 

Souhaitez-moi bonne chance pour dompter la jungle lilloise !

A bientôt...


*Personne à mobilité réduite 
ps: dans cet article j'aborde uniquement l’accessibilité pour les handicaps moteurs comme le mien, il existe toutes sortes d'adaptations en fonction de chaque handicap. 

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