dimanche 11 janvier 2015

A Charlie, et à tous les autres

Bon, difficile de trouver les mots comme pour tout le monde. 

Certains utilisent leurs lettres pour décrire leur horreur, leur sentiment d'insécurité, leurs émotions... Comme après tous traumatismes, c'est souvent le cœur qui parle au dépend de la raison. Dès mercredi matin j'ai été très choqué et un souffle de tristesse et de révolte m'a traversé.
Il a fallu que j'attende jusqu'à ce matin pour enfin envisager d'écrire un article avec un peu de recul.

La comparaison vous semblera peut-être déplacée, mais il y a 3 ans, j'ai vécu un autre attentat.
Non, pas celui de M. Merah. 
Celui que la méningite a infligé à mon corps plein de vie. Du jour au lendemain j'ai dû dire au revoir à mes membres, sans jamais l'avoir envisagé auparavant.
J'ai été traumatisée, j'ai vécu un état de choc.
J'ai été terrorisée que cette maladie emporte mes proches sans prévenir ou qu'elle revienne un jour.
Pourtant je ne me suis pas confinée dans un bunker stérile.
Pourtant je ne me suis pas mise en colère contre la terre entière (bon, peut-être un peu, mais pas longtemps).
Pourtant j'ai dissocié le médecin qui allait procéder à mon amputation de la maladie qui était responsable.
Pourtant je n'ai pas mis à l'écart toutes les personnes ayant un handicap.
Pourtant j'ai fait mon deuil et j'ai continué à vivre.
Et j'ai surtout pris conscience de mon goût pour la vie et de ma chance d'avoir survécu.

En apprenant la mort de Charb, Cabu et toutes les victimes des attentats de ces derniers jours, j'ai perdu des membres une fois de plus. La société française dans son ensemble a été amputée de personnes d'une façon aussi horrible qu'injuste.
C'est pas pour ça que l'on doit tenir les musulmans pour responsables, c'est pas pour ça qu'on doit vivre dans la peur.
Mais c'est avec cela que nous devons vivre aujourd'hui. Et nous devons tous nous rendre compte une bonne fois pour toutes que les journalistes indépendants et au sens critique affuté, sont des gardiens de la démocratie et de notre liberté d'expression. 
Nous avons le droit (et le devoir?) de rire. 
Nous avons le devoir de prendre conscience de la chance que nous avons de vivre en France, au regard de nos nombreuses libertés civiques (même s'il faut toujours les défendre au quotidien). 
Nous devons défendre nos journaux et nos esprits critiques avant qu'ils ne meurent en disparaissant faute de moyens ou sous les balles d’extrémistes anti-démocratiques.
C'est aux citoyens d'assurer leur propre liberté de penser, en effet, qui d'autre le ferait pour nous ?
Cultivons-nous !

Charlie Hebdo était un journal sur la sellette, très endetté au matin du 7 janvier. Mais je crois que nous le sommes beaucoup plus pour oublier trop souvent de s'engager en faveur des droits de l'Homme.
Même si nous ne pouvons pas être tous d'accord avec nos adversaires politiques, il faut bien qu'ils existent pour qu'il y ait un débat. 
Pour que la démocratie existe. 


Cela fait du bien de voir tout ce monde se rassembler dans les rues, mais cela ne suffit pas.
Alors ne nous retranchons pas derrière des arguments simplistes et stigmatisants, n'acceptons pas de bafouer nos droits au nom de notre sécurité ou de la prévention du risque !
Alors n'ayons pas peur de nous indigner (comme le disait un vieux sage) et surtout engageons-nous !







(si vous avez un moment je vous conseille de réécouter cette émission 3D sur France inter qui avait pour thème "A quoi servent les journalistes" et de lire cet article du Monde intitulé "Les 8 infos à rattraper depuis l'attentat du 7 janvier" )




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